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Les observations de Maria Montessori l'ont conduite à définir deux caractéristiques psychiques de l'enfant qu'elle appelle « l'esprit absorbant » et les « périodes sensibles ».

Deux auteurs contemporains de Maria Montessori d'audience internationale, Jean Piaget (qui fut président de l'Association Montessori internationale) et Henri Wallon, ont beaucoup travaillé sur le développement de l'enfant. Chacun, à sa façon et très différemment, a défini des stades de développement dans l'enfance. Mais leurs conclusions divergent: celles de Piaget sont d'ordre cognitivo-constructivistes et celles de Wallon ont une orientation psycho-sociale. Les conclusions de Maria Montessori sont encore tout autres. On peut peut-être les qualifier de pédagogiques.

Quoi qu'il en soit, le point de départ de sa pédagogie est sans aucun doute le libre choix par l'enfant de ses activités. Nous avons vu comment, grâce à un retard de son assistante, est née l'idée de laisser les enfants choisir leur travail. Nous allons voir comment elle analyse ce phénomène après avoir décrit son fonctionnement.

Le libre choix

Comment s'effectue ce choix ?

Ainsi, dans une classe Montessori, les enfants décident seuls de manipuler tel ou tel matériel pédagogique. L'enseignant n'intervient pas dans leur choix. Comment cela est-il possible concrètement ? Tout le matériel est placé sur des étagères basses, à portée de l'enfant. Certaines sont alignées le long des murs de la classe, d'autres sont placées au milieu de la pièce, délimitant quelques espaces paisibles. Sur ces étagères, les enfants trouvent des plateaux sur lesquels le matériel pédagogique est disposé, afin de faciliter son transport. Chaque plateau à sa place réservée. L'enfant n'a qu'à tendre la main pour le prendre. Il n'y a aucun obstacle entre lui et le matériel. Une fois le matériel choisi, l'enfant décide de s'installer là où bon lui semble : sur une petite table près de la fenêtre ou sur une autre derrière le meuble dans un coin tranquille, ou bien en définitive par terre sur un petit tapis. Une fois installé, l'enfant peut manipuler le matériel aussi longtemps qu'il le désire. Une fois, deux fois, ou plus, autant qu'il en éprouve le besoin. L'enfant est également libre de regarder les autres et de ne prendre aucune activité. C'est donc une liberté profonde à trois niveaux :

- je choisis le matériel ;

- je choisis ma place;

- je choisis la durée de manipulation.

L'obligation intervient quand il a termine son travail. II doit aller ranger le matériel à sa place sans se tromper d'étagère. Chaque matériel a une place déterminée, immuable. La liberté s'arrête dans le souci du respect de la vie de groupe.

Ainsi, chaque enfant de la classe travaille de cette façon. Quand on rentre dans une classe Montessori, on se trouve dans une atmosphère active, bourdonnante comme celle d'une ruche. Chaque enfant s'adonne à des activités différentes : vingt-cinq enfants, vingt-cinq activités. Ils sont tous actifs. Ils vont, ils viennent, se déplacent, s'installent, travaillent, rangent, nettoient si besoin est, remettent en place ... On les voit éviter de marcher sur les tapis, veiller à ne pas se bousculer avec les plateaux ; ils évitent de faire du bruit, ne s'arrachent pas le matériel et enfin coopèrent entre eux. Un enfant plus âgé (les groupes d'enfants « montessoriens » sont d'âges mélangés; dans le premier groupe, dont il s'agit ici, ils ont entre trois et six ans) en aide un plus jeune dans la réalisation de son travail et tous deux réfléchissent ensemble à mi-voix. Ils font tout sauf écouter, tranquillement assis, une maîtresse qui parle. Celle-ci observe avec attention ce qui se passe à l'intérieur de la ruche, intervient pour aider un enfant qui le réclame, ou pour aider à régler une dispute, prend des notes dans son cahier. .. Elle veille au maintien de l'ambiance de travail dont elle est la garante. Ainsi le temps s'écoule, pendant une heure et demie à deux heures.

 Les raisons du choix de l'enfant

Chaque matériel n'existe qu'en un seul exemplaire (deux pour certains). Ce n'est donc pas l'esprit d'imitation qui est en jeu, ni l'intérêt d'apprendre: l'enfant est trop petit pour comprendre cet intérêt.

En fait, le libre choix met l'enfant en relation avec ses besoins présents et les caractéristiques de son âge. L'enfant arrive à l'école, décide de son travail. II se prend en main, prend connaissance de lui, de ses actes, s'adonne à ses activités et devient chaque fois un peu plus autonome. L'enfant exprime et renforce son individualité, sa personnalité à travers son choix. L'enseignant, qui observe les différences individuelles librement manifestées, est capable de les prendre en considération et par conséquent de répondre au besoin de chaque enfant.

Les implications du libre choix

La répétition

L'enfant, libre de refaire son travail autant de fois qu'il le désire, répète quelquefois pendant longtemps le même acte. On est face à une réalité. Maria Montessori l'a perçu à San Lorenzo et il s'avère que dans toutes les ambiances en libre choix les enfants prennent un plaisir infini à faire et refaire la même manipulation. Cette énergie doit être respectée. Derrière cette répétition, l'enfant répond à un besoin et se construit. Il construit en lui les gestes nécessaires à son activité. Il expérimente, confirme ses premières impressions, apprend à coordonner ses mouvements, apprend à coordonner ses mouvements, vérifie ses hypothèses. L'enfant s'arrête de travailler quand il a été au bout de ses besoins.

La concentration

La liberté et la répétition révèlent également une forte capacité de concentration spontanée qui témoigne, à l'extérieur, d'un développement intérieur. Les diverses manipulations du matériel Montessori contribuent à entretenir et à développer ce pouvoir de concentration. Par ailleurs, le matériel est de plus en plus complexe et l'enfant doit donc accomplir des tâches de plus en plus longues. Sa capacité de concentration évolue en conséquence.

La volonté

La liberté de choix permet à l'enfant de suivre son propre rythme. Lorsqu'un enfant mène à bien une série d'exercices, quand il atteint le but qu’il s'est proposé, quand il répète encore et encore avec une patience extraordinaire, il exerce sa volonté. L'activité de l'enfant est initiée par sa volonté propre et non par celle de l'enseignant. L'élaboration de la volonté est lente. L’enfant choisit une tache, apprend peu a peu à contrôler ses mouvements, impulsifs au départ, agit, expérimente et mène la tâche à son terme. Sa volonté se forge. Quand il commence à respecter le travail des autres, quand il commence à ne plus arracher le travail des mains des autres enfants, quand il range son matériel, quand il évite de marcher sur un tapis, il organise sa volonté et il équilibre avec celle-ci ses impulsions et ses actes irréfléchis. Dimitrios Yaglis le formule ainsi : «C'est par la répétition que les gestes et les actes de l'enfant, incontrôlés au départ, émergent peu à peu à la conscience. Il en résulte une éducation de la volonté et une première organisation de la personnalité. » L'enfant peut alors accepter l'autorité d'une volonté extérieure et arriver à une certaine discipline.

L'autodiscipline

L'enfant laissé libre d'agir selon sa propre sensibilité à pour seul but de rechercher une activité qui réponde à ses besoins. II perd alors tout intérêt à des actes désordonnés et destructeurs.

Ainsi, autodiscipline et liberté vont de pair. L’adulte ne doit pas chercher à obtenir la discipline par la contrainte et l'autorité, mais attendre avec patience que l'autodiscipline émerge de la concentration et de la liberté. Dans une classe Montessori, l'enfant est libre de choisir ses activités mais ne doit pas s'adonner à des comportements négatifs qui dérangent autrui. Ainsi, quelques règles simples, peu nombreuses mais incontournables, encadrent sa liberté:

- les déplacements sont contrôlés ;

- les échanges verbaux se font à voix basse ;

- on ne prend un matériel que s'il se trouve à sa place;

- on range son matériel;

- la maitresse est disponible pour aider, mais on peut demander aux autres enfants ou se débrouiller seul (la plupart du temps le matériel est autocorrectif) ;

- on ne peut prendre le matériel que si celui-ci a été présenté par la maitresse.

Par la même, la liberté du choix de l’activité est toute relative, puisque c'est l'enseignant qui décide du matériel installé dans la classe et que l'enfant ne peut s'en servir que si celui-ci lui a été présenté. (Les présentations se font individuellement dans les écoles Montessori. On peut toutefois, dans nos écoles, présenter collectivement en début d’année. La première catégorie

de matériel - matériel dit « de vie pratique» -, ce qui permet le démarrage des premiers ateliers dès la rentrée.) Par ailleurs, le matériel, conçu pour faciliter le développement et les progressions de l’enfant, doit être correctement manipulé à cette condition, l'enfant peut s'en servir aussi longtemps qu'il le veut. Si un enfant ne respecte pas ces règles, l’enseignant peut simplement l'isoler, le retirer du groupe, en lui demandant de réfléchir au problème. L'enfant est libre de réintégrer le groupe quand il se sent prêt à respecter les règles imposées. Dans certaines écoles, il existe une chaise isolée du reste de la classe, appelée « chaise à réfléchir ». C'est la que l'enfant s'installe si besoin est.

L'esprit absorbant

Maria Montessori a observé l'enfant avec un double regard : celui d'un médecin et celui d'un pédagogue. Ses cours de psychologie ont également complété ce regard. Elle a analysé le développement psychique de l'enfant et ses conclusions lui ont permis de dégager deux caractéristiques essentielles : l'« esprit absorbant» et les « périodes sensibles ».

Comment se manifeste l’esprit absorbant

Pour Maria Montessori, le tableau normal de la vie psychique de l'enfant est celui-ci : il absorbe le monde qui l'entoure et l'analyse ensuite.

Dès lors, comment l'enfant appréhende-t-il le monde ? Comment se développe-t-il ?

Maria Montessori a appelé «esprit absorbant» l'aptitude à apprendre qui caractérise le petit enfant. Dans ses livres, elle compare, pour nous aider à comprendre, l'esprit de l'enfant à une éponge. II absorbe complètement les informations données, positives ou négatives, de l'environnement. Par le simple fait de vivre, l'enfant absorbe le monde qui l'entoure.

« Chez nous les adultes, c'est l'intelligence qui nous permet d'acquérir la connaissance, alors que chez l’enfant, c'est sa vie psychique ... Les impressions ne se bornent pas à pénétrer dans son esprit, elles le forment. » (Maria Montessori.)

Le procédé est particulièrement évident dans la façon dont le jeune enfant de deux ans apprend sa langue maternelle. Il l'absorbe sans instruction formelle et sans l'effort conscient et difficile que doit fournir un adulte pour apprendre une langue étrangère. Acquérir I' information de cette façon est une activité naturelle et délicieuse pour le jeune enfant qui utilise tous ses sens pour étudier son environnement. « Il apprend tout inconsciemment en passant peu à peu de l'inconscience à la conscience. » (Maria Montessori)

De la naissance à 6 ans

Comment l'esprit absorbant se développe-t-il ?

L'enfant, depuis sa naissance, va de conquêtes en conquêtes : il passe de la connaissance de presque rien à la puissance de la découverte.

Cela commence par le mouvement : il soulève sa lourde tête, il s'assoit, il rampe, il se dresse sur ses pieds, il marche. Il saisit les objets, dirige petit à petit ses mouvements avec intention.

Parallèlement, il commence à sélectionner des sons, il babille, puis viennent les mots, la phrase. Mais ce n'est pas fini.

« Tout ce qui l'entoure, il le fera sien : les habitudes, les coutumes, la religion se fixent et s’établissent dans son esprit, il absorbe jusqu' à faire siennes les habitudes du monde ou il vit » (Maria Montessori).

L'enfant se construit lui-même au fil du temps grâce aux impressions profondes qu'il reçoit. De la naissance à trois ans, il développe sa conscience par son activité dans son milieu. De trois à six ans, il perfectionne et enrichit ses conquêtes. On appelle cette période le « perfectionnement constructif ».

L'enfant détient cette capacité d'apprendre en absorbant jusqu'à ce qu’il ait six ans. Et voila qu’à cet âge, il est pour ainsi dire une personne complète et équilibrée. II est stable et capable d’écoute, alors qu’auparavant il était difficile de retenir son attention.

Maria Montessori, voyant la nature particulièrement absorbante de l'esprit de l'enfant jusqu' à six ans, lui a donc préparé un milieu spécialement conçu pour lui, comprenant du matériel éducatif. Elle a place l'enfant dans ce milieu en lui laissant la possibilité d'agir en absorbant ce qu'il y trouve. C'est ainsi que certains enfants acquièrent très tôt des compétences en écriture, en lecture ou en mathématiques, selon les types de matériels sur lesquels ils vont porter leur choix.

Qu'est-ce qui poussent les enfants à sélectionner un matériel plutôt qu'un autre? C'est la qu'intervient la notion de «périodes sensibles» dans leur développement.

Les périodes sensibles

Maria Montessori a beaucoup réfléchi à ce qui guide l'enfant dans son choix. L'acte de choisir met en relation l'enfant avec ses besoins, ses envies. Comment s'organisent les besoins de l'enfant ? Ont-ils tous les mêmes? Est-ce au même âge, au même moment?

De ses observations, elle a formule une hypothèse sur le développement de l'enfant qui est devenue un pilier de sa réflexion pédagogique. Son développement se faisant par bonds et non de manière linéaire et régulière, l'enfant laissé libre de ses choix passe par une succession de périodes au cours desquelles il montre une sensibilité particulière à quelque chose, développe plus facilement certaines aptitudes et s'intéresse plus intensément à certains exercices.

« Ces périodes sont limitées dans le temps et ne concernent l'acquisition que d'un seul caractère déterminé. Une fois ce caractère développé, la sensibilité cesse pour être très vite remplacée par une autre source d'intérêts. » (Maria Montessori.)

Ces sensibilités particulières mettent l'enfant en situation de choisir dans l'environnement ce qui est bon pour sa croissance intellectuelle, utile pour son développement. Elles le guident en le rendant attentif à certaines choses et indifférent à d’autres.

L’enfant peut donc porter son attention, son choix, sur le matériel pédagogique satisfaisant sa sensibilité du moment. Ainsi, ses facultés d'apprentissage sont décuplées concernant ce domaine et les acquisitions sont d'autant plus aisées qu’elles se font dans I' enthousiasme. Tout est facile pour I' enfant. Une fois le but atteint, la sensibilité disparait pour être remplacée par une autre.

En nommant ces stades de développement « périodes sensibles», Maria Montessori a en fait repris le terme d'un biologiste hollandais, Hugo de Vries, qui baptisa « périodes sensibles » le phénomène biologique de développement de certaines espèces animales telles que les insectes a métamorphoses. L'analogie est intéressante pour comprendre le mécanisme des périodes sensibles. Ce biologiste étudia le comportement des larves du papillon Porthesia. Ce papillon pond ses œufs dans le bas des arbres, sur l'écorce, très exactement à la naissance des premières branches. À leur naissance, les minuscules chenilles, dotées d'une toute petite bouche, ne peuvent manger que les jeunes feuilles tendres à l'extrémité des branches. Qu'est-ce qui va les guider au sommet de l'arbre ? L'instinct ? Hugo de Vries s'aperçut que les chenilles réagissaient en fait à la lumière : à ce stade de leur développement, elles présentent une « sensibilité » à la lumière. Elles sont attirées par celle-ci et c'est ce phénomène qui les conduit à l'extrémité des branches de l’arbre. Une fois ce stade de développement dépassé, la sensibilité à la lumière cesse. Leurs mâchoires sont plus fortes : elles peuvent alors redescendre se nourrir des grosses feuilles situées au bas de l'arbre. La disparition de la sensibilité à la lumière, lorsqu`elle a remplit sa fonction, est aussi importante que sa manifestation au début de la vie de la chenille. Des conditions favorables à un stade de développement peuvent devenir inefficaces à un autre stade. Hugo de Vries observa des phénomènes analogues chez d'autres espèces animales.

Dès la naissance, l'enfant porte en lui un schéma de développement intérieur. Maria Montessori l’a baptise l' « embryon spirituel ». Ce schéma définit la succession des périodes sensibles pour chaque enfant. Tous les enfants présentent les mêmes périodes sensibles, mais pas forcement au même âge ni avec la même intensité. L'enfant est aussi doté, comme nous l'avons vu auparavant, d’un processus inconscient, l'« esprit absorbant ».

Ainsi guidé par ses périodes sensibles et son esprit absorbant, il est capable d'apprendre seul ce que son environnement lui propose. Maria Montessori constate que si l'on empêche l’enfant d'épuiser l'intérêt d'une quelconque période sensible, les chances d'acquisitions spontanées dans le domaine concerné sont compromises. Une fois la période passée, les acquisitions ne se feront qu'au prix d'efforts et de fatigue. La pédagogie du libre choix respecte les périodes sensibles des enfants. Si trop d'obstacles viennent contrer le libre développement de l'enfant et ses périodes sensibles, l'enfant réagit par des troubles du comportement (agitation, instabilité, introversion...). Ces réactions sont souvent assimilées à des caprices.

Ce sont en fait pour Maria Montessori l'expression extérieure de besoins insatisfaits. Ces troubles, Maria Montessori les a appelés des « déviations ». C’est une erreur que de vouloir rattraper une période sensible déjà passée ou de la susciter avant l'heure. En revanche, il semble important de noter que ce n'est pas «forcer les apprentissages» que de répondre à la demande d'un enfant de quatre ans souhaitant apprendre à écrire. S'il le demande, c'est qu'il se trouve au point culminant de sa période sensible à l'écriture, et dans ce cas, attendre l'âge de six ans serait fort dommageable.

Le passage d'une période sensible à une autre se fait naturellement et sans contrainte. En suivant ses intérêts profonds, l'enfant choisit le matériel préparant à la lecture et à l'écriture et l'utilise sans se forcer, avec plaisir.

La psychologie contemporaine a montré que le développement de l'enfant se faisait par stades. Si ces stades sont les mêmes pour tous les enfants, leur développement individuel suit son propre rythme. Les périodes sensibles ne coïncident pas chez tous les sujets. Cependant, les expériences et les observations effectuées par Maria Montessori sur des centaines de cas ont permis de situer le moment de certaines périodes. Examinons quelques-unes d'entre elles.

Exemples de périodes sensibles

La période sensible au mouvement

La période sensible au mouvement débute dans le ventre maternel, se poursuit jusque vers l'âge de cinq ans et décroît ensuite. Elle atteint son maximum entre un an et demi et quatre ans. Le mouvement est un besoin biologique vital chez l'enfant. Il est un moyen pour lui d'entrer en contact avec son milieu. L'activité est le moteur de sa croissance psychique.

L'enfant a besoin d'expérimenter ce qu'il découvre à travers son corps. De plus, le mouvement participe à l'émergence de la conscience car il fait le lien entre l'être et le monde. L'abstraction, l'intelligence ont besoin de la réalité pour naitre, et la connaissance de la réalité se fait par le mouvement. S'il est libre de perfectionner ses capacités motrices, l'enfant montre une exactitude de ses propres actes pour la réalisation de son être.

La période sensible au langage

La période sensible au langage débute dès la naissance et se poursuit jusqu'à six ans. Le bébé, sans l'aide de professeurs, ni de leçons, apprend parfaitement, dans ses moindres subtilités, la (ou les) langue(s) parlée(s) autour de lui, contrairement à l'adulte qui acquiert une langue étrangère au prix de beaucoup d'efforts. Après l'âge de six ans, l'apprentissage d'une langue devient beaucoup plus difficile pour l'enfant.

Pendant cette période de sa vie, l'enfant révèle une aptitude considérable à s'imprégner et à répéter tous les sons entendus autour de lui. Sans effort, il se met à dire ses premiers mots, puis il organise son langage. Vers six ans, l'enfant connaît des milliers de mots et se perfectionne dans la composition des phrases. La période sensible passée, il va perdre peu à peu cette formidable aptitude.

La période sensible à l'ordre

Celle-ci apparaît au début de la première année et dure deux à trois ans. Pendant cette période, l'enfant fait preuve d'un intérêt immense pour la place des choses dans le temps et dans l'espace.

Tout doit être à sa place. C'est vital. L'enfant est un ritualiste.

Dans la première année, il manifeste par des cris ou de l'agitation son besoin d'ordre. Si les choses changent de place, si certains rituels changent, les enfants s'énervent et pleurent. Cette période de sensibilité à l'ordre est celle ou l'enfant rencontre le plus d'obstacles, car l'adulte ne sait pas toujours la percevoir.

À ce propos, Maria Montessori raconte une anecdote amusante dans son livre L'enfant. Elle visitait un lieu touristique avec un groupe en Italie. Une maman avec son enfant participait à cette visite. II faisait chaud et l'enfant (un an et demi) ne voulait pas marcher. Elle le portait donc dans ses bras. Puis elle s'arrêta pour enlever sa veste, qu'elle plia sur un bras. Ainsi encombrée, elle reprit l'enfant. Celui-ci se mit à pleurer et ses plaintes se firent de plus en plus intenses. Les autres personnes se proposèrent de le prendre, il passa de bras en bras, le guide lui-même essaya de le calmer. Rien n'y fit! La maman finit par le reprendre et gronda son enfant. II fut traité de capricieux.

Dans l'énervement général croissant, Maria Montessori se permit d'intervenir et demanda à la mère si elle voulait bien remettre sa veste. Celle-ci s'exécuta à contrecœur en raison de la chaleur. Les pleurs de l'enfant cessèrent aussitôt et il remit ses bras autour du cou de sa maman, tout joyeux !

Caprice pour certains, besoin non satisfait pour Maria Montessori, qui avait à cette époque une vision tout à fait novatrice du comportement des enfants.

Chez l'enfant de deux ans, le besoin d'ordre prend une forme plus raisonnée. C'est alors qu'il entre dans la période active et tranquille de ses applications. C'est précisément ce phénomène que l'on observe beaucoup dans les écoles Montessori lorsque l'enfant de deux ans passe son temps à remettre les choses à leur place. Il se rend même compte quelquefois de petits détails qui échappent à l'adulte. L'enfant qui se construit en utilisant ce que lui offre son milieu de vie a besoin d'ordre et de stabilité. II déploie beaucoup d'efforts pour ordonner les sensations et les impressions qui l'entourent.

Les classes Montessori sont toujours extrêmement bien rangées et chaque objet y est à sa place. C'est un facteur de bien-être et de détente pour l'enfant. Les enfants aiment voir chaque chose retourner à sa place. Maria Montessori dit que la sensibilité à l'ordre existe également chez l'enfant intérieurement.

L’enfant cherche à développer son ordre intérieur en ordonnant toutes ses perceptions reçues de l'environnement dans son intellect. Le jeune enfant a besoin d'une ambiance ordonnée pour se construire des repères fiables qui lui permettent peu a peu de s'orienter seul et de comprendre l'ambiance dans laquelle il vit. Une fois ces repères acquis, il est prêt à élargir son cadre de vie.

La période sensible de l'affinement des sens

Cette période va de la naissance jusqu'à l'âge de six ans. L'enfant porte un grand intérêt aux impressions sensorielles en tous genres. Comme lors de toute période sensible, le but n'est pas seulement de mettre l'enfant en relation avec l'environnement, mais de perfectionner les différents organes, sensoriels : audition, olfaction, vue et toucher. C'est de la précision des perceptions sensorielles de l'enfant que dépend sa capacité future à percevoir toutes les subtilités de son environnement : l'affinement des sens conditionne la capacité de discrimination du futur adulte. Maria Montessori a conçu tout un matériel (le matériel sensoriel) destiné à affiner les sens, dans le but de donner à l'enfant des bases solides sur lesquelles il pourra construire son intelligence.

Les autres périodes sensibles

De trois à six ans, l'enfant s'intéresse à la perfection de ses actes. C'est la période favorable aux   « bonnes manières ». Fermer et ouvrir une porte avec délicatesse, dire bonjour. ..

II existe beaucoup d'autres périodes sensibles comme celle de la minutie, de la socialisation, de l'écriture, de la lecture ...Les périodes sensibles sont transitoires et se manifestent avec plus ou moins d'acuité selon les enfants et à des moments différents. Le travail en libre choix est alors le meilleur moyen de les repérer, de les alimenter, et de laisser l'enfant s'y impliquer.

L'enfant qui peut se développer suivant ses périodes sensibles apprend d'une façon différente que celle mise en pratique dans notre système scolaire habituel.

II aime travailler dans le but de se construire. II apprend souvent vite et sans fatigue. Ce n'est pas son âge qui détermine sa faculté d'apprendre telle ou telle chose, mais ses potentialités du moment.

II est capable d'analyser, de comprendre et d'enregistrer de grandes connaissances dont il s'est imprégné en premier lieu de manière sensorielle. II progresse par bonds. Le bousculer dans ses acquisitions est contraire à son propre rythme. Des études récentes en psychologie fondées sur des recherches contrôlées ont reconnu l'existence des périodes sensibles. Par exemple, Benjamin S. Bloom, de l'université de Chicago, pense que l'intelligence de l'enfant connaît une croissance très rapide durant les premières années (80 % de la naissance à huit ans) et que l'environnement a une grande influence sur son développement. II écrit dans son livre, Stability and change in human characteristics: « L'environnement a un impact maximum sur un trait spécifique durant la période de très rapide croissance de ce trait. » Bien que scientifiquement reconnues, les périodes sensibles ne sont pas toujours prises en compte par les institutions participant à l'éducation des enfants, et sont malheureusement souvent peu connues des parents.